Rencontre avec un hacker de l'éducation : Bernard Collot

Rencontre avec un hacker de l'éducation : Bernard Collot

Aujourd'hui, nous rencontrons un mordu d'éducation, auteur de plusieurs ouvrages dans ce domaine. Entre intelligence collective et structures alternatives, Bernard Collot nous emmène sur les sentiers d’une éducation pensée pour le meilleur des enfants

Vous avez lancé votre blog il y a 9 ans, quel a été le point de départ ?

Depuis son début vers 1920, le mouvement Freinet, dont j’ai fait longtemps partie, pratiquait les échanges multiples et croisés sur tous les supports de communication, cette pédagogie ayant été le fruit d’une étonnante intelligence collective née de la communication. Lorsque dans les années 1980, Xavier Niel détournait l’usage du minitel dans les messageries roses, nous étions une petite frange d’enseignants Freinet à faire de même, au même moment, en créant un réseau de plusieurs centaines de classes et d’enseignants nous servant des listes de diffusion et bricolant des journaux télématiques interactifs faits avec les enfants... Ceci en squattant, parfois clandestinement, les serveurs vidéotex (minitel) que des municipalités ou institutions mettaient en place, souvent sans trop savoir ce qu’elles pouvaient en faire. Mon âge de naissance (1940) m’a fait vivre le passage de l’ère Gutenberg à la galaxie de Mc Luhan ! L’évolution des technologies a rendu mille fois plus facile et moins couteux leur usage par tous, le blog en fait partie et multiplie les apports de ceux qui s’en emparent pour l’intelligence collective dont on a bien besoin. J’essaie à mon niveau de continuer d’y contribuer !

Quel est votre regard aujourd'hui sur l'univers de l'éducation ?

Ce qui fige cet univers, c’est le poids des représentations de chacun dans une société devenue hétéronome. L’Etat, au moins depuis Guizot, a conçu une énorme machine (le système éducatif) sous forme d’une chaine industrielle et tayloriste scolaire dont le but déclaré était le formatage de futurs citoyens conformes à ce dont l’Etat avait besoin ("L’école doit être la garante de l’ordre social” disait Guizot).

Mais c’est surtout qu’ainsi se sont instaurées, pour les adultes sortis de cette école, les multiples croyances (représentations) qui la font maintenir en l’état : pas d’apprentissage sans contrainte et effort ; pas d’appropriation de connaissances si elles ne s’effectuent pas dans une progression linéaire qu’on pense rationnelle (programmes) ; ce qu’une institution (Education nationale) a jugé indispensable (et arbitrairement) que les enfants sachent ne peut pas s’acquérir en dehors de l’école, etc.

Bien sûr on essaye d’aménager quelque peu la chaine éducative, mais c’est comme vouloir mettre de l’essence dans un moteur diésel ou l’inverse. Cependant, pour rester optimiste, depuis quelques années se multiplient hors de l’Institution des initiatives émanant de citoyens (parents et enseignants) qui commencent à rendre visible le possible d’un autre paradigme.

Quelle est selon vous la plus grande avancée qui a été faite dans l'univers éducatif ces dernières années ?

Je dirais qu’il y en a eu qui auraient pu engager le système éducatif dans une transformation radicale de sa conception, mais qu’elles ont toutes avortées. Je n’en citerais que deux. La première s’attaquait à la structure et aux contenus : Le tiers-temps pédagogique en 1969. La seconde s’attaquait à la conception même des apprentissages, il s’agissait de la réforme dite des maths modernes.

En réalité, il est illusoire de croire que le système éducatif puisse changer sans briser son cadre. Le seul combat que l’on puisse encore mener c’est que toute famille, tout enseignant, puissent avoir le choix et la possibilité (gratuité) d’envoyer ses enfants ou de travailler dans les structures alternatives.

Une citation qui reflète votre philosophie ?

J’aime bien ce proverbe africain que j’ai complété : Il faut un village pour élever un enfant... mais il faut des enfants pour élever un village !