Bienvenue dans l’ère du freelancing : Vincent Huguet, CEO Malt

Bienvenue dans l’ère du freelancing : Vincent Huguet, CEO Malt

S’improviser chauffeur de taxi, préparer des petits plats pour ses voisins…avec l’explosion des jobs « on demand », nombreux sont ceux qui annoncent la mort du salariat et l'avènement d’une économie de travailleurs indépendants. Alors le freelancing, pari d’avenir ? Flexibilité ou précarité ? Pour mieux comprendre ce phénomène, nous sommes partis à la rencontre de Vincent Huguet, CEO de Malt.

Tu as créé Malt qui est rapidement devenu la plateforme de référence pour les travailleurs free-lance aux en France, tu peux nous en dire plus ?

Oui, j'ai créé Malt il y a 5 ans avec 2 anciens freelances Hugo Lassiège et Jean-Baptiste Lemée.

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De mon côté, j'étais à l'époque dans une start-up et je souffrais de ne pas avoir de moyen simple pour trouver des freelances dans le cadre de projets souvent saisonniers. Il existait déjà des plateformes mais avec une logique d'enchères inversées, voire de concours, qui n'attiraient pas les meilleurs profils, voire même favorisaient uniquement le travail offshore à bas coût. C'est pour répondre à ce besoin de trouver des freelances de bon niveau, et proches de moi afin qu'ils puissent s'intégrer à une équipe, que nous avons créé Malt.

De plus en plus d’entreprises passent par ta plateforme, comment expliques-tu cet intérêt ?

Je crois qu'il y a plusieurs raisons. Les vrais talents du numérique sont très "pénuriques", et le fait que nous puissions proposer une base de plus de 70 000 profils freelances permet à n'importe quelle entreprise, PME ou grand compte, de trouver le freelance idéal, même sur des sujets très pointus.

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D'autre part, notre approche inversée, et très simple, ou c'est l'entreprise qui recherche le freelance puis le contacte est ce qui a de plus naturel en terme d'UX. Enfin, il n'y a pas de coût d'entrée sur la plateforme, les entreprises peuvent regarder les profils et les contacter sans rien payer.

Quels sont les profils de tes membres ? Des « freelances purs » ou des membres disposant d’un travail principal complété par des petits boulots ponctuels ?

90% sont des freelancers purs. On voit aussi évidemment de plus en plus de salariés qui souhaitent faire du freelancing à côté, mais l'essentiel du marché est quand même trusté par des experts qui font cela à plein temps, car les entreprises ont besoin de ce type de disponibilités.

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L’uberisation du travail, c’est un buzzword ou une vraie tendance de fond selon toi ?

Je n'aime pas ce mot. Il a été inventé par Maurice Lévy, Président de Publicis et génie de la communication pour faire peur à ses clients, grandes entreprises du CAC 40. Or, la transformation du travail, et la plateformisation que nous sommes en train de vivre est beaucoup plus complexe que cela. Il y a des ergonomies, des modèles économiques, des rapports à la communauté aussi différents parmi les plateformes qu'il n'y a de types d'entreprises !

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On ne peut pas comparer une tâche qui est une "commodity" telle que amener une personne d'un point A à un point B, avec une définition du prix par la plateforme, et le fait de trouver par exemple un développeur android, qui définit son prix, choisit ses clients, et réalise des devis à la mesure de chaque projet.

De plus en plus de millennials portent un regard désabusé sur l’univers de l’entreprise. Est-ce que selon toi, l’entrepreneuriat et le freelancing constituent l’avenir ?

Ils le constituent en partie oui. Je crois qu'il est beaucoup plus facile de se lancer aujourd'hui qu'il y a 10 ans, le statut de micro-entrepreneur a beaucoup aidé à démocratiser les choses, les plateformes sont un deuxième facteur car ils permettent de trouver plus facilement des clients, être payé, et développer sa réputation.

Cependant, je ne crois pas à un monde 100% freelances comme certains le voient, je crois juste à un ré-équilibrage après une période de l'histoire finalement très courte du tout salariat. En tout cas, un sondage auprès de notre communauté a révélé que 90% des freelances avaient fait le choix de le devenir, et beaucoup gagnent même plus qu'avant, avec la liberté de choisir leurs missions. On est très loin de la précarité, au contraire !

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Comment préparer ces futures générations au nouveau monde du travail et à ses exigences ? Le système éducatif a-t-il un rôle à jouer ?

Bien sûr, je crois que le système éducatif doit préparer non seulement à l'acquisition de compétences, mais aussi des "soft skills" qui seront de plus en plus importants, en particulier pour savoir devenir "entrepreneur de soi-même" comme dirait Reid Hoffman, fondateur de LinkedIn. D'autre part, je crois aussi beaucoup à la formation pair à pair, nous la voyons émerger entre freelances, et c'est à mon avis un sujet d'avenir.

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