To be or not to be a startup Nation ? Rencontre Avec Diana Filippova

To be or not to be a startup Nation ? Rencontre Avec Diana Filippova

Série de levées de fonds, multiplication des structures d’accompagnement… la French Tech n’a pas fini de faire parler d’elle ! Nous partons aujourd’hui à la rencontre de Diana Filippova, Startup Connector à Microsoft et cofondatrice du think tank OuiShare, l’occasion de faire le point sur les grandes tendances de l’écosystème.

Quel regard portes-tu sur révolution de l’écosystème tech ?

Comme tout le monde, je me réjouis et salue de la montée en puissance de la scène nationale dans la grande arène mondiale. J’en apprécie particulièrement la French touch : des individus aussi talentueux que fins, une compréhension critique avancée de la tech et de son impact sur le monde, une vision capricieuse et ambitieuse de l’innovation. Attention cependant à ne point trop cultiver ces points noirs : nombrilisme et manque d’humilité, élitisme et la reproduction sociale qui va avec, ultraspécialisation dans les domaines où nous sommes censés être bons (AI par exemple).

Station F, Tech Stars… on assiste à une explosion du nombre d’accélérateurs et d’incubateurs sur Paris, signal positif ?

On ne peut plus positifs : on a du mal à se rendre compte à quel point ces projets servent à redorer notre blason à l’international ! Ils risquent aussi d’aiguiser l’hostilité à l’égard d’un écosystème qui, croit-on, nage dans l’or et n’en fait profiter que les mêmes élites (le fameux diplômé de grande école qui se lance avec l’argent de papa). Contredisons ces suspicions par un discours et des actions concrètes en faveur d’un écosystème inclusif. Les structures sont là, ne manquent plus que…les excellentes startups, de chez nous et de partout dans le monde, pour être à la hauteur de l’attente que ces structures suscitent.

Statistiques accablants, récente affaire uber… l’univers tech est encore critiqué pour son manque de diversité. Comment expliques-tu cette absence de mixité et le culte encore très présent de la « bro culture » ?

D’abord, il y a cette erreur de jugement commune : un écosystème technologiquement innovant devrait nécessairement être socialement progressiste… Or, il n’en est rien. La startup cultive les mêmes codes formels et informels, la même peur de recruter des femmes en âge de procréer (c’est à dire tout le temps), la même méfiance face aux femmes execs, il n’y a qu’à voir les statistiques de levées et de diversité dans la tech. La différence avec le monde corporate, c’est que ces dérives sortent plus vite et sont critiquées plus vivement : l’affaire Uber en a été le catalyseur, on peut espérer que la prise de conscience débouchera rapidement sur un changement radical de culture sur le terrain. Car les grands groupes, eux, s’y y sont déjà mis depuis des années, et leur politique pro-femme peut bien devenir un argument majeur pour recruter les talents…masculins comme féminins.

De plus en plus de grands groupes revendiquent l’esprit startup, startup washing ou sincère engouement ?

Un sincère engouement n’empêche pas un bon wahsing ☺ Plus sérieusement, on n’en est plus à se demander si un grand groupe doit collaborer avec des startups ou changer sa culture de travail : on veut du concret sur le terrain. Or, les obstacles sont nombreux : organisation interne, besoin de changer la gouvernance, paliers de validation, bref, le fameux dilemme de l’innovation qui en a découragé plus d’un ! Je pense que la France a sa carte à jouer sur la collaboration grands groupes / startups / Etat et organisation publiques, triptyque qui à mon sens est un avantage compétitif de taille.

Comment construire selon toi les bases d’une collaboration startups / grands groupes réussie ?

D’abord, une politique d’innovation affichée, financée et acceptée au niveau du groupe comme la priorité numéro 1. De deux, une remise à plat suffisamment conséquente de la gouvernance et de la culture du management. De trois, une collaboration avec les startups qui comprend une prise de risque du côté du grand groupe : M&A, fusion, intégration ambitieuse des équipes en interne, prise d’engagements au niveau de la direction et partagés par les collaborateurs.

Tu as lancé récemment Kiss My Frogs qui décrypte l’univers startup, tu nous en parles ?

Tiens voilà un exemple de ce qu’un grand groupe peut faire pour bien travailler avec les startups ☺ J’ai imaginé et lancé KMF au sein de Microsoft France pour apporter un vent frais dans l’analyse et l’image qu’on se fait de l’écosystème : à force de parler actu dans un franglais approximatif, on en perd ce qui fait le sel et le futur d’un écosystème tech : la vision stratégique, la critique de ce qui va ou ne va pas, à l’abri des annonces des dernières levées. Du coup on y parle de tous ces sujets structurels qui sont pourtant les piliers de la santé d’un écosystème : travail et management, interprétation de ce qui se passe dans la tech, impact social, politique publiques etc… Et ça permet de fédérer une communauté de startups autour des sujets au cœur de la stratégie de Microsoft.