Margaux Avril : L'art pluriel

Margaux Avril : L'art pluriel

Photographe, musicienne, auteure, interprète…. Margaux Avril jongle avec talent d’un univers à un autre, promenant sa silhouette gracile entre les rues de Paris et de New-York, l’appareil photo en bandouillère. Celle qui s’est formée sur l’appareil photo familiale s’est fait en quelques années une place de choix sur la scène créative. Rencontre avec cette franco-américaine qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

Tu as très tôt été exposée à un environnement artistique, tu peux nous raconter ton parcours ?

J’ai été influencée par mes parents qui étaient des artistes et des gens sensibles, tout comme mes sœurs d’ailleurs. Mon père était architecte et photographiait tout : des immeubles, ses nombreux voyages, des portraits de ses amis et de la famille. Ces photographies étaient accrochées dans un long couloir chez nous, répertoriées dans de nombreux albums que j’adorais ouvrir pour me raconter des histoires. Ma mère adorait la musique, jouait du piano, m’a fait prendre des cours, elle mettait tout le temps de la musique à la maison, dans la voiture… Mes sœurs ont pris le relais. Ma sœur aînée est architecte et la cadette est designer director. C’est « naturellement » que j’ai été au Conservatoire pour prendre des cours de solfège, de théâtre, chanter à la chorale… Puis après le bac j’ai fait des études de photographie. La musique est revenue dans ma vie grâce à une rencontre en particulier qui m’a lancé « professionnellement » dans cet univers dans lequel j’ai pu faire évoluer ma photographie comme jamais ! Les deux se complètent ! J’ai signé chez Universal, y ait sorti un album puis j’en suis partie pour faire évoluer mon projet musical et visuel, mon « objet artistique » plus librement, ou en tout cas plus à mon image.

**Peux-tu nous parler de ton concept de notes visuelles ? **

C’est un « concept » qui s’est fait naturellement. C’est mon journal intime, mon journal de bord visuel. Ce sont les notes que je prends avec mon regard. Je capture des souvenirs, je partage une vision, une poésie, une sensibilité. C’est ce qui m’interpelle au quotidien. J’aime l’idée de pouvoir donner à voir justement avec poésie ou sensibilité des choses anodines du quotidien. Une lumière, une ambiance, un moment précis, une harmonie de couleurs, de matières, de mouvements…

Quelles sont tes sources d’influences ?

J’ai tout d’abord été très touchée par Bresson, puis Metzker, Kertész… Puis Sophie Calle pour ses démarches artistiques. Nan Goldin et son rapport à l’intime. Stephen Shore pour la poésie du « banal », ses couleurs et ses lumières. Harry Gruyaert, Saul Leiter… J’aime lire Stefan Zweig, Romain Gary, Christian Bobin, Françoise Sagan, Nabokov. J’aime les dessins de Cocteau, Picasso, Matisse, les couleurs de Staël et Rothko, et Soulages aussi. Les films de Godard, Truffaut, Kubrick, Dolan, Nolan…

Tu es passée par les bancs des Ecoles de Condé. Comment fais-tu pour continuer à te former et monter en compétences ?

Je pense que l’on apprend encore plus en faisant. Sur le terrain. J’ai eu la chance grâce à la musique de voyager, de découvrir des lieux extraordinaires, et d’être sur des shootings et des tournages. J’ai pu observer, apprendre de ces rencontres et des avis professionnels aussi. Tout cela était très inspirant, tant sur le plan humain que créatif. Je pense qu’être stimulée en permanence est la meilleur des écoles !

Tu as fait de belles séries remarquées. Considères-tu que ton style a beaucoup évolué depuis tes débuts ?

Bien sûr ! Il évolue en permanence. « Beaucoup » évolué, je ne sais pas, je pense qu’il y aura toujours les mêmes influences et sensibilités… Au début je ne faisais que du noir & blanc, de l’horizontal, aujourd’hui je suis beaucoup plus à l’aise avec la couleur, le vertical. Je fais moins de portraits qu’avant, peut-être par manque de temps et je le regrette… Ce que j’aime transmettre reste néanmoins la même chose qu’au début. La vérité, la spontanéité d’un moment et d’un regard. Je n’ai jamais vraiment fait de mise en scène. J’aime m’adapter à ce qui m’entoure et non l’inverse!

Tu multiplies les casquettes, comment fais-tu pour t’organiser et cultiver toutes ces facettes ?

Cela fait partie de moi, je suis une curieuse et j’aime me nourrir de tous ces univers. Je ne pourrais pas me cantonner à une seule casquette justement ! En revanche je m’organise très mal et cela me joue des tours! Ahah. J’essaye de faire le maximum, mais j’ai conscience aussi que lorsque l’on fait ‘trop’, du coup, on se disperse, et l’on fait un peu moins bien… Je choisis au mieux mes projets pour m’y consacrer entièrement et ne pas les négliger.

Vois-tu des ponts entre la photographie et la musique ?

Bien-sûr. La musique m’a permis de faire des voyages, des rencontres, des découvertes et des apprentissages. Dans le processus de création, d’ouverture d’esprit, dans l’inspiration… Pour la musique, il faut aussi penser à l’univers visuel. Graphisme, photo, vidéo, stylisme… Inversement, ma création photo est très sensorielle, vraie, spontanée, et me guide dans celle de la musique. J’essaye de créer spontanément, je ne suis pas une règle en particulier pour écrire ou composer. Je me sers beaucoup d’images pour m’inspirer et créer des chansons.

Tu gravites entre Paris et New York, dans quelle mesure ces villes et leurs énergies influent sur tes créations ?

Le fait de m’y sentir aussi bien et tout en même temps touriste : je continue de m’émerveiller d’une architecture, d’un coin de rue, d’une lumière, d’une ambiance… Ce sont des villes pleines d’histoires et d’Histoire, elles sont intemporelles et à la fois en continuelle effervescence, ce qui est très inspirant. Elles sont très photogéniques, aussi, donc forcément…

Tu es très active sur les réseaux sociaux, quelle place jouent-ils dans ton travail ?

J’ai toujours aimé partager mes photographies. Au tout début j’avais un blog juste pour mes photos, puis je partageais des albums sur Facebook, puis j’ai eu un nouveau blog, puis Instagram et j’ai fait mon site. Je me suis mise sur les réseaux sans arrière-pensée, parce-qu’ils étaient des plateformes pratiques pour partager mes créations. De plus en plus ils sont devenus un moyen ludique, simple, instantanés pour promouvoir, partager, rencontrer, échanger, s’inspirer: et ce sont ces choses-là qui me plaisent le plus.

Quels conseils donnes-tu à un débutant qui souhaite suivre tes pas ?

Cela risque de paraître cliché mais il faut rester fidèle à soi-même tout en étant ouvert d’esprit, curieux, à l’écoute. Il faut s’armer de patience et de bienveillance, être bien entouré. Il ne faut pas tout attendre d’une seule chose. Avoir des soupapes. Il faut persévérer, ne jamais rien prendre pour acquis. Continuer à apprendre. Se nourrir de tout et partager !