Philippe Burger : l’avènement de l’intrapreneuriat

Philippe Burger : l’avènement de l’intrapreneuriat

Mener un projet innovant de A à Z sans poser sa dem’ ? C’est enfin possible ! L’intrapreneuriat a aujourd’hui plus que jamais le vent en poupe au sein des entreprises. Créatif dans l’âme et inspiré par l’entrepreneuriat, l’intrapreneur développe au sein de l’entreprise un projet ex nihilo en bousculant les règles et les normes établies. Son objectif : distiller une bonne dose d’innovation en insufflant un esprit et un mode opératoire startup au sein de l’entreprise. Pour mieux comprendre ce phénomène, rencontre avec Philippe Burger, Responsable Capital Humain au sein du Groupe Deloitte.

Depuis quelques temps, la figure de l’intrapreneur émerge, quelle est la différence avec l’entrepreneur ?

L’intrapreneur est celui qui innove au sein d’une structure existante contrairement à l’entrepreneur qui monte sa propre structure. L’avantage pour l’intrapreneur est la sécurité dont il bénéficie en engageant uniquement son savoir-faire et non ses biens financiers et personnels.

L’intrapreneuriat est de plus en plus plébiscité, comment expliquer cet engouement ?

L’intrapreneuriat n’est pas un phénomène nouveau. Mais cette pratique est de plus en plus encouragée par les tendances actuelles : les modes de travail en réseau, où la hiérarchie s’aplanie et où les frontières vie pro/vie privée s’effacent, la recherche de sens et d’autonomie de la part des collaborateurs et le fait que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir plusieurs activités en plus de notre emploi principal : je peux être par exemple consultant mais aussi formateur en free lance, coach et directeur d’une association. Toutes ces mutations dans les manières de travailler avec, en plus, l’impact de la digitalisation, se traduisent par une obligation à s’adapter en continu et à innover – que ce soit en tant qu’intrapreneur ou entrepreneur. L’entreprise elle-même, afin de rester compétitive, a tout intérêt à se tourner vers ce type de programme.

Au même titre que l’évolution des problématiques d’engagement et de rétention en parallèle avec les attentes des jeunes générations ayant rejoint le marché de l’emploi, l’intrapreneuriat est devenu un sujet dont nous parlons davantage car cela permet de répondre aux attentes des collaborateurs en matière d’autonomie, de développement personnel, d’épanouissement professionnel, de motivation, etc. Eléments qui sont tous aujourd’hui indispensables et différentiants pour une marque employeur attrayante.

Est-ce que les entreprises structurent de véritables programmes ou les initiatives demeurent encore peu formalisées ?

Deloitte a mené une étude auprès de 4000 personnes au sujet de l’intrapreneuriat. Les résultats montrent que 63% des entreprises n’ont aucun programme d’intrapreneuriat, alors que 72% des répondants se disent intéressés par la démarche. Il y a donc clairement une marge de progression pour les entreprises françaises, contrairement à d’autres pays comme les Etats Unis où cette pratique est déjà plus présente.

Quels sont les facteurs clés de succès de ce type de programme ?

Un programme d’intrapreneuriat nécessite d’avoir un incubateur en interne (ou d’acquérir/faire un partenariat avec une start up) ; de faciliter une approche collaborative entre différentes équipes internes ou avec d’autres structures ; d’allouer un temps dédié à l’innovation et à l’intrapreneuriat pour chaque employé sur une base régulière (certaines entreprises donne un jour par semaine, d’autre 15% du temps) ; d’organiser des évènements centrés sur les thématiques d’innovation ; d’adapter la culture de l’entreprise en passant par les modes de calcul de rémunération pour aller vers davantage d’agilité, de droit à l’erreur, d’autonomie et de prie de risque ; d’avoir une stratégie et une politique RH alignée avec ce souhait d’intrapreneuriat. La plupart du temps, les entreprises mettant en place ce type de programme transforme considérablement l’ensemble de l’organisation en optant pour un organigramme horizontale, en supprimant la plupart des échelons de direction afin d’obtenir plus de fluidité et de collaboration.

Nouveaux produits, nouveaux processus, nouveaux services...Quels types de projets sont concernés ?

Dans 41% des cas, l’intrapreneuriat permet le lancement d’un nouveau produit. Mais cela peut également permettre d’améliorer un produit ou service existant, de développer une nouvelle technologie ou d’optimiser l’organisation ou la stratégie de l’entreprise.

Quels sont les apports pour l’entreprise ?

En permettant à ses collaborateurs de lancer et mener à bien des projets innovants, l’entreprise développe une nouvelle mentalité et une certaine agilité qui participe à son image de marque, y compris en tant qu’employeur. 2/3 des répondants à l’étude sont attirés par des entreprises offrant ce type de programme. Au delà de l’image, l’intrapreneuriat est un réel accélérateur d’innovation et de transformation pour l’entreprise qui favorise la croissance et génère de nouveaux revenus.

Management old school, peur de l’échec, manque de moyens… Quels sont les freins à l’adoption de telles initiatives ?

Il est vrai que la mise en place d’un tel programme représente un coût, mais contrairement à ce que l’on peut croire ce ne sont pas uniquement Orange ou Google qui en ont pris l’initiative. Beaucoup de TPE et PME ont rapidement adopté ces pratiques en refondant entièrement leurs modes de fonctionnement vers plus d’horizontalité, leur taille leur permettant de se transformer plus facilement que de gros groupes. Pour ces derniers, l’intrapreneuriat est justement un moyen pour libérer les idées dans une structure qui initialement ne l’encourage pas à cause de son poids.

En ce qui concerne les aspects plus culturels, il faut faire un réel travail de transformation des mindsets afin que les collaborateurs et en particulier le management acceptent d’investir du temps dans l’expérimentation, l’exploration. Les projets lancés ne seront pas systématiquement des succès, 66% des répondants à l’étude affirment que les résultats des projets ont été adoptés. Ce qui veut bien dire qu’une bonne partie de ces projets ne verront pas le jour. Il faut accepter d’être dans une démarche itérative, ou les tests ne sont pas toujours concluant.

Existe-il une tentation pour l’intrapreneur de franchir le grand pas et devenir entrepreneur ?

65% des répondants disent que leur expérience en intrapreneur les a incités à devenir entrepreneur. Certains sont d’ailleurs les deux : intrapreneurs dans leur entreprise actuelle et entrepreneur sur le côté, ayant monté leur propre projet en dehors de l’entreprise