Troqman : Le cartoon bombing

Troqman : Le cartoon bombing

Inventeur du concept du « Cartoon bombing », Troqman évolue le carnet de sketchbook jamais loin. Son univers pop et décalé ont rapidement contribué à sa renommée. Buzzfeed, UFunk, Design Taxi… ont relayé ses créations bourrées d’humour. Rencontre avec l’homme qui croque le monde !

Qu'est ce que le « cartoon bombing » ?

Les cartoon Bombings c’est la rencontre entre deux passions : la Bande dessinée et le Street art. L’une m’accompagne depuis que je sais lire et j’ai découvert la seconde plus tard durant mes études. J’ai été particulièrement fasciné par ces artistes qui utilisent leur environnement et jouent avec pour créer une histoire…

Parmi mes références : Paige Smith (aCommonName) qui utilise les craquelures de la rue pour coller des géodes comme des mines de cristaux qui affleurent dans la rue, Helen Nodding qui créé des petits univers dans des mini-espaces dans la ville, Isaac Cordal qui lui utilise des personnages miniatures en situation dans un environnement réel, Slinkachu qui lui aussi utilise des petits personnages et va jusqu’a peindre sur les coquilles des escargots comme sur des camionnettes ou encore, Blu qui anime littéralement ses personnages sur les murs des villes.

Mais au delà du dessin, c’est surtout l’histoire qui m’intéresse. Au final, le dessin reste virtuel et vit sur les réseaux sociaux mais rien ne subsiste dans la rue et la réalité. C’est un peu comme la vraie vie… les gens vivent et partagent toutes sortes d’histoires, parfois les partagent sur les réseaux via une photo… et bien mes personnages c’est exactement pareil ! Je les prends en photo et les partage sur les réseaux et puis la vie continue. On tourne une page de carnet, la situation disparait et l’événement reste dans le souvenir grâce à la photo prise.

Qu’est-ce qui est plus difficile ? Trouver l’idée ou la dessiner ?

Je dirais la dessiner, parce que je ne cherche jamais vraiment d’idée pour les cartoons bombings. Je préfère les laisser spontanément venir à moi. Le dessin peut parfois être plus compliqué, surtout sur le plan de la composition. Parfois les carnets tombent, ne tiennent pas, parfois ils sont mal accordés entre eux et la scène ne prend pas… c’est un peu comme si on avait écrit une scène de théâtre et puis la mise en scène fait que le gag tombe à l’eau et ne fonctionne pas. Du coup, ces images rejoignent le triste dossier des inédits et incompris...

Ton univers est très pop. Quelles sont tes références ?

Effectivement pas mal de pop culture, la bande dessinée, le cinéma, les dessins animés, les jeux vidéos. Pas mal de références liées a l’enfance finalement ! J’essaie de garder une vision naïve des choses et peut-être que ces références viennent à moi par ce biais la. Au-delà de la source d’imagination, c’est assez bluffant de voir à quel point ces références sont devenus des codes visuels et sont décodables de façon universelle. Un tuyau qui dépasse du sol, on va comprendre Super Mario, un verre d’eau tremblotant sur un tableau de bord de voiture, c’est Jurassic Park…

Est-ce que tes techniques ont-évolué avec le temps ?

Au départ je travaillais aussi en couleur, et puis en fait j’ai préféré me concentrer sur le Noir et Blanc. Par souci d’efficacité et puis par respect pour l’histoire, j’ai envie de garder l’idée et la situation la plus spontanée possible, du coup je travaille très vite pour la fixer sur le papier. Les feutres se sont épaissis, les lignes se sont épurées, les outils et la technique ont donc suivi cette direction et m’aident a travailler le plus lisiblement et rapidement possible.

Comment continues-tu à monter en compétences ?

J’essaie de garder les mêmes outils, mais je cherche des nouveaux moyens de raconter des histoires. Plus le point de départ est limité (un carnet, un crayon) plus on est créatif ! Cela oblige à toujours se renouveler. Le style et les idées ne sont jamais figés, ils évoluent constamment et changent selon le moment et le mood.

Quels rôles jouent les réseaux sociaux dans ton travail ?

La chance qu’offrent les réseaux sociaux c’est d’avoir une vision quasiment en temps réel de notre travail. Parfois on fait fausse route, parfois on essaie des trucs et on réalise que les gens sont enthousiastes. Ils ont beaucoup plus de recul sur le travail et du coup sont des bons juges. Parfois je fais une idée en pensant qu’elle est géniale et je réalise que les gens ne la comprennent pas aussi bien que je la voyais dans ma tête. Parfois c’est l’inverse, j’essaie un dessin en étant sceptique et le public répond hyper positivement. Et puis les réseaux ça permet aussi de trouver des nouveaux contacts, des artistes, des futures collaborations… c’est une source constante d’inspiration.

En marge du dessin, tu travaille aussi dans la pub. Comment fais-tu pour concilier ces activités ?

Ces activités ont la chance d’être toutes deux tournées vers la création mais j’essaie de toujours les garder séparées. L’une se doit d’être au service d’un produit, d’un message et je dois laisser de côté une partie personnelle et émotionnelle et garder un côté plus cartésien. Mais cela me permet de pouvoir apprendre aussi d’autres artistes, de travailler avec des retoucheurs, des photographes, des graphistes et d’étendre mes connaissances. Et puis l’illustration c’est une démarche constante, J’ai toujours un carnet et un crayon sur moi et je dessine dès que l’occasion le permet.

Tu es à Amsterdam, c'est un bon spot créatif ?

Absolument. Il a une scène artistique et culturelle très grande avec beaucoup de graphistes, de street artistes, de photographes, d’expos et de musées. C’est aussi une ville qui offre beaucoup d’espace et de temps pour créer. Le rythme est plus propice a la création, Il y a un truc assez fluide ici entre les canaux, les bâtiments, l’eau… on peut facilement s’y balader ou faire du vélo et donc “regarder" la ville et la laisser nous inspirer.

Quels conseils glisses-tu à un illustrateur débutant ?

D’être curieux ! La curiosité ouvre des tas de choses ! Notre monde constitue une bibliothèque visuelle dans laquelle on peut piocher à volonté pour s’inspirer. Enfin, trop souvent on veut être original et créer un style à tout prix. Je pense qu’il ne faut pas hésiter au départ à copier, recopier des illustrations, des styles, des personnages que l’on aime bien et qui nous parlent. L’inspiration est hyper importante dans ce métier, c’est souvent lié à la curiosité, mais elle s'éveille aussi auprès de mentors graphiques qui vont influencer le style. Le style et l’efficacité viennent ensuite avec du temps et beaucoup de pratique mais de façon plutôt naturelle finalement.

Envie de t’initier au sketchbook ? Plonge-toi dans le cours en ligne de dessin de Troqman ! Ce mordu de BD t’embarque pour deux ateliers dans les rues Amsterdam :

Carnets de croquis, esquisses, et techniques. A toi de jouer et de réveiller tes talents créatifs !