Francis Chouquet : L’amour des lettres

Francis Chouquet : L’amour des lettres

Créatif et passionné de lettering, Francis Chouquet fait partie des membres hyper-actifs de la communauté du letterage. Auteur de plusieurs ouvrages et artiste prolifique, il partage avec passion son amour pour les lettres sous toutes ses coutures ! Rencontre avec un as de la discipline…

Peux-tu nous raconter comment t’est venue la passion pour les lettres ?

Tout a commencé quand j’ai étudié le graphisme. La typographie est très présente et est primordiale pour moi. Donc très vite, j’ai mis la lettre en avant dans mes travaux. La passion pour le dessin de lettres viendra lorsque pour réaliser un logo d’entreprise, je vais vraiment me faire plaisir avec les lettres.

Art déco, funky, vintage, tu as un patte protéiforme, difficile de te ranger dans une case ! Comment qualifies-tu ton style ?

Il est difficile pour moi de qualifier “mon style”. Je ne pense pas avoir un style bien spécifique en fait. Certains reconnaissent mes travaux rapidement mais personnellement, je suis plus attaché à des styles existants plutôt qu’à développer le mien ou même rester sur un style spécifique. J’adore tout ce qui est styles américains des années 40 à 70. Je trouve que dans ces périodes, les graphistes se faisaient vraiment plaisir avec la lettre, chose que l’on retrouve moins aujourd’hui.

J’apprécie les travaux de personnes comme Herb Lubalin par exemple, c’est tout un univers dans lequel je me sens à l’aise. On peut y trouver aussi bien des travaux en script, limite funky comme ce que faisait Toni Di Spigna, un collaborateur de Lubalin ou des choses nettement plus typographiques mais également très forte. Et personnellement je m’amuse autant sur du script que sur du caractère typographique. Je ne pourrais pas me passer de toute cette diversité de styles qui nous sont offerts. J’ai trop besoin de chacun d’entre eux, selon mon humeur ou le projet sur lequel je travaille.

Aujourd’hui, le lettering a le vent en poupe, comment expliques-tu cet engouement ?

Un retour à quelque chose de plus humain sans doute. Le lettering est aussi une activité manuelle, artisanale. Donc je pense que lorsqu’une marque veut développer un produit plus “artisanal”, elle va logiquement se tourner vers le lettering pour tout ce qui est identité ou travaux illustratifs. Je pense aussi que cet engouement est dû à la volonté de pas mal de graphistes, dont je fais partie, de retourner aussi à quelque chose de plus artisanal, quitter son ordinateur et ses logiciels pour un moment.

Quels sont les artistes qui t’ont influencé ?

Difficile de tous les citer mais personnellement j’ai toujours été très influencé par les travaux de Doyald Young, Ken Barber, Luca Barcellona ou encore Niels “Shoe” Meulman. Il y en a plein d’autres mais ceux-là sont un peu ma base, chacun dans leur domaine. Doyald Young était peut-être le meilleur en lettering techniquement. Ses travaux en logo design sont vraiment de toute beauté. Ken Barber, avec lequel j’ai eu la chance de faire un workshop, a tout un univers autour de lui. Il est à la fois très bon techniquement et très créatif pour emmener la lettre vers d’autres horizons. Ensuite Luca Barcellona et Niels “Shoe” Meulman sont issus du graffiti et sont devenus des calligraphes hors pair. Leurs travaux me parlent beaucoup parce qu’ils mélangent cette calligraphie et le dessin de lettres. Ils sont également très bons dans ces deux domaines.

Cartes, affiches, stickers, tes créations sont prolifiques. As-tu des formes d’impression atypiques que tu as expérimenté récemment ?

Personnellement, je suis très attaché à la linogravure. J’ai testé la sérigraphie mais je trouve que la linogravure a cet aspect artisanal qui me plaît beaucoup: creuser la plaque de lino pour sculpter des lettres a quelque chose d’incroyable pour moi.

Entre commandes clients et projets personnels, comment arrives-tu à trouver un équilibre ?

Difficile de trouver cet équilibre. Je pense que je gère tout ça par phases. Je vais travailler à fond sur des projets clients pendant plusieurs mois et ne plus en prendre ensuite pour me consacrer quelques semaines sur des projets personnels. Puis, je repars ensuite sur des projets clients. Je pense que je trouve l’équilibre ainsi.

Comment fais-tu pour continuer à monter en compétences ?

Je pratique. Quasiment tous les jours. Je bookmarke aussi pas mal de choses que je vois passer et que j’aime et je teste à mon tour ces styles dès que j’ai un moment. L’expérimentation est le coeur de mon travail. Je regarde beaucoup ce qui se fait et j’essaie constamment d’avancer en tentant de nouvelles choses. Impossible pour moi de rester cantonné à des choses que je connais déjà bien.

Tu es très actif sur Instagram ? Quel rôle joue ce réseau social dans ton travail ?

Ma relation avec Instagram est assez spéciale. Je l’utilise beaucoup pour partager mes travaux mais sans pour autant en attendre des projets clients. Jusqu’à présent, je n’ai récupéré que peu de projets intéressants, créativement et financièrement. Je trouve que les prix pratiqués par beaucoup de graphistes sur cette plateforme sont très bas. Et je n’ai pas envie de concurrencer avec eux. Par contre, Instagram me donne de la visibilité, et ça c’est très positif. C’est donc un très bon outil de communication.

Tu partages beaucoup de conseils sur ton blog, Fran6art. C’est important de partager ton expérience et de faire connaitre le lettering pour toi ?

Oui, j’ai toujours été dans le partage dans tout ce que j’ai fait jusqu’à présent. Bon, je ne blogue plus trop depuis quelques années, mais ça ne m’empêche pas de partager pas mal de choses sur Twitter ou Facebook notamment. Concernant les articles, j’en ai écrit quelques uns qui me semblaient importants, comme les bases ou les bons outils à utiliser.

Quels conseils glisses-tu à un débutant qui souhaite suivre tes pas ?

De pratiquer et d’être patient. Sans pratique, on ne progresse pas, mais il faut aussi accepter que tout ne se passe pas en quelques semaines. Il faut donc beaucoup travailler, regarder ce que font les autres, sur Instagram notamment ou Dribbble et avancer pas à pas. Et si vous souhaitez en faire votre métier, savoir que ce n’est pas simple non plus, le mieux étant souvent de l’ajouter comme une flèche à votre arc.

*Envie d’apprendre à ciseler les lettres ? A défier les lois de la typographie ? De s’initier à l’art de la calligraphie ? Embarque pour un cours de lettering avec un as de la discipline, Francis Chouquet. Au travers de cet ateatilier letterage, tu découvriras comment sculpter soigneusement des lettres et composer un visuel réussi. Rassemble crayons, stylos et feuilles Canson, il est temps d’aiguiser ton oeil créatif et d’apprendre le lettering !