Sébastien Bourguignon : Geek is the new chic !

Sébastien Bourguignon : Geek is the new chic !

Fine fleur de la transformation digitale, Sébastien Bourguignon s’est fait une spécialité dans le domaine de numérique et de blockchain. Speaker, contributeur régulier au sein des Echos et auteur du livre blanc « 80#PortraitDeStartuper », du livre « Portraits de startupers - édition 2017 » aux éditions Maxima, il vient tout juste de publier son dernier livre blanc « 100 #PortraitDeStartuper - Saison 2 ». Cet observateur prolifique passe au crible les dernières tendances digitales pour notre plus grand régal. Rencontre avec un accro du web, tombé dans la marmite 2.0 il y a quinze ans.

En une quinzaine d’années, tu as multiplié les expériences, tu peux nous raconter ton parcours ?

Initialement, je viens du monde de la technologie ! Cela a commencé dans les années 90 avec le premier ordinateur portable que mon père a ramené à la maison, j’ai tout de suite été attiré par ce nouvel appareil et les possibilités qu’il pouvait donner, Internet n’était pas encore déployé dans tous les foyers mais je sentais déjà que tout cela allait avoir un impact important sur notre quotidien. Et puis tout naturellement je me suis orienté dans une filière scientifique au lycée pour ensuite effectuer un DUT Informatique. À la fin de ces deux années de DUT, je suis parti pendant quatre mois au Québec pour réaliser mon stage de fin d’étude en 2000, et j’y ai découvert bien avant que cela arrive en France l’internet à haut débit et ce que cela allait nous apporter à tous !

Lorsque je suis rentré, j’ai tout de suite commencé à travailler, je suis rentré chez un assureur en tant que développeur pendant environ six ans puis comme chef de projet web (c’est comme cela qu’on appelait le digital à l’époque !). J’ai fait mes armes dans le code et l’architecture des systèmes d’informations avant de prendre la responsabilité d’une activité qu’il fallait entièrement créer, le pôle digital et CRM que j’ai développé pendant cinq ans et où j’ai pu parfaire toutes les connaissances et compétences dans ce qui fait le web d'aujourd’hui (les sites internet, le ecommerce, les applications mobiles, les API, les enjeux de cybersécurité, …) Enfin, avant de quitter ma précédente entreprise j’ai créé le domaine Développements Logiciels dans lequel j’ai eu à piloter des projets structurants tels que la mise en place d’une plateforme Big Data, le déploiement du réseau social d’entreprise ou encore la transformation agile de toute l’entreprise.

Et puis, depuis maintenant presque deux ans, j’ai choisi de m’orienter vers le conseil en tant que manager au sein de l’entité banque et assurance d'un cabinet de conseil IT dans lequel j’accompagne mes clients dans leurs projets de transformation digitale...aussi bien sur les aspects technologiques, méthodologiques que organisationnels ! Cela m’a ainsi permis de me confronter à des projets aussi variés que l’impact de l’agile sur l’organisation de l’entreprise, le déploiement d’une banque mobile en Afrique, la création de tout un back-office logistique pour une belle startup de ecommerce en Afrique, la mise en œuvre de l’Open Banking et de la directive européenne DSP2 pour différentes banques, et bien sûr l’impact et l’intérêt de la blockchain dans les secteurs de la banque et de l'assurance...

Tu es au cœur de la transformation digitale ; quelles ont été pour toi les grandes tendances marquantes de ces dernières années ?

Si je regarde dans le rétroviseur sur ces cinq dernières années et sur un axe purement technologique, je dirais dans le désordre :

• les technologies mobiles • le cloud • le big data • l’intelligence artificielle • les objets connectés • les robots • les API • la blockchain • les réseaux sociaux

J’en oublie sûrement mais ce sont pour moi toutes les technologies qui m’ont marquées depuis quelques années, qui sont en train de bouleverser les entreprises, mais pas seulement. En effet, toutes ces technologies ont un impact fort sur la vie de tout un chacun sans pour autant que l’on s’en rende compte !

Si je regarde maintenant sur axe méthodologique, je dirais toujours dans le désordre :

• le développement des méthodes agiles qui a été un vrai changement de paradigme pour beaucoup d’entreprises, toutes ne sont pas encore totalement agiles, mais toutes en revanche ont lancé des initiatives à plus ou moins large échelle pour changer leur approche méthodologique dans la manière de gérer leurs projets...

• le Lean Startup qui arrive aussi de plus en plus en entreprise, même si il reste encore assez confidentiel. Cette approche de création de produit ou service implique de ne faire que ce qu’il faut et uniquement ce qu’il faut tout en prenant le plus rapidement possible du feedback de son client final est un facteur clé de succès à l’ère du numérique.

• le Design Thinking et toutes les méthodes permettant de faire émerger l’innovation autant que de la gérer sont maintenant assez répandues au moins du côté des équipes marketing et innovation

• l’UX ou User eXperience cette approche de conception et d’implémentation des applications qui permet de faciliter la vie de l’utilisateur.

Enfin, et c’est d’ailleurs souvent corrélé à des changements de méthodologie dans l’entreprise, il reste l’axe organisationnel avec :

• le management 3.0 qui a fait beaucoup parler de lui il y a quelques mois de cela et qui reste encore très mystérieux pour beaucoup de managers dans les entreprises mais qui apporte une nouvelle approche de la collaboration entre manager et managé, qui positionne le manager non plus comme directeur mais comme coach

• l'entreprise libérée et l'holacratie qui ne sont pas exactement la même chose mais qui tendent à définir des organisations toujours plus aplaties dans lesquelles la prise d’initiative, l’intraprenariat ou encore l’auto-organisation sont mises en avant en faisant disparaître toutes les strates de management

• et puis toutes les organisations en mode produit plutôt qu’en mode projet, en particulier le modèle des Feature Teams que l’on retrouve chez Spotify et dont beaucoup d’entreprises tentent de s’inspirer sans forcément y arriver, en particulier parce qu’elles tentent de calquer un modèle sur leur structure plutôt que de tenter de l’adapter à leur contexte...

Certains secteurs en particulier ont-ils su prendre le virage du digital ? D’autres sont-ils en retard ?

Il y a des secteurs qui ont dû s’adapter rapidement car leur business était très durement attaqué par les GAFA ou des pure players plus agiles, par exemple les secteurs du cinéma ou de la musique ; ils font partie des premiers à avoir pris des actions concrètes malgré de grandes périodes d’inertie pendant lesquelles ils ont tenté de résister et de se battre contre leurs compétiteurs fraîchement débarqués. Le secteur de l’agriculture a lui aussi su prendre un virage important, la plupart des exploitations sont aujourd’hui équipées de matériels hautement technologiques avec un fort niveau d’automatisation et un pilotage des exploitations réalisé grâce au numérique ; d’ailleurs beaucoup d'agriculteurs vendent leurs récoltes sur des places de marché mondiales grâce à des applications spécialisées qui permettent d’optimiser le moment de la vente et donc la rentabilité des récoltes.

En contre-exemple, je citerai le monde de la banque qui globalement est encore loin d’avoir engagé les travaux nécessaires pour se transformer de fond en comble. Les banques sont encore sur des modèles de management et d’organisation très silotés, des systèmes d’informations antédiluviens et des postures qui datent du passé. Le point de vue des banquiers aujourd’hui est celui qui consiste à dire qu’ils gagnent encore beaucoup d’argent, ont des marges très confortables, malgré le fait qu’ils soient attaqués par les FinTech, et qu’ils n’ont donc pas de gros efforts à faire, et puis si un acteur venait à leur faire du tort ils le rachèteraient puisqu’ils en ont les moyens. Un autre contre-exemple est celui des retailers alors même qu’ils se font attaqués par des plateformes comme Amazon qui ont déjà annoncé vouloir revenir dans le dur du business traditionnel « brick and mortar ». Le retail a par ailleurs toujours fonctionné sur un modèle qui cherche en permanence l’économie et qui investit peu, ce qui est contreproductif dans un monde dans lequel se transformer nécessite d’investir au risque de se voir mourir.

Plutôt que de secteurs, j’ai des exemples en tête d’entreprises qui sont assez symptomatiques d’un virage bien pris. On peut citer par exemple une entreprise comme AXA qui a su prendre des décisions structurantes aussi bien d’un point de vue technologique qu’organisationnel, elle a aujourd’hui plusieurs années d’avance sur ses concurrents aussi importants soient-ils, je vois le secteur en plein mouvement vis-à-vis du numérique depuis quelques mois, mais AXA est clairement en tête. Plus qu’une entreprise, un service public qui a su prendre un virage intéressant, celui des impôts avec la dématérialisation complète de la déclaration d’impôt et la synchronisation des données avec l’ensemble des administrations et entreprises concernées, cela a été un peu laborieux au début mais finalement c’est aujourd’hui un exemple en matière de transformation réussie. Toujours dans le secteur public, La Poste est impressionnante, elle a développé depuis plusieurs années des dizaines de services numériques pour tenter de contrecarrer les effets de la baisse régulière du volume de courrier et colis envoyés au profit des emails et de la concurrence rendue possible par l’ouverture du marché.

Tu interviens régulièrement en tant qu’Advisor dans les projets d’entreprises blockchain qui souhaitent lever des fonds au travers d’ICO. Tu nous expliques le phénomène ?

Les ICO (Initial Coin Offering) représentent une nouvelle manière pour les startups de lever des fonds grâce à la blockchain. Il s’agit d’une approche qui se classe entre l’IPO (Initial Public Offering ou introduction en bourse) et la levée de fonds en crowdfunding. C’est extrêmement simple à monter et pour le moment encore pas du tout règlementé. Depuis le début de cette année 2,5 milliards de dollars ont été levés grâce aux ICO, bien plus que les fonds levés grâce au Venture Capital traditionnel. C’est une vraie révolution et cela permet à des entreprises de rapidement pouvoir se faire financer leur projet sans passer forcément par les séances de pitchs et de due-diligence demandées par les investisseurs.

Le problème dans ces conditions c’est que justement c’est un peu trop facile et cela ouvre la porte à des nombreux abus. Beaucoup d’entreprises n’ayant qu’une paire de slides à présenter sont capables de levers des millions en quelques heures. On retrouve exactement la même mécanique que celle qu’on a connu au début des années 2000 avant l’explosion de la fameuse bulle Internet. À cette période des entreprises levaient des fonds en quantité indécente avec des projets tous aussi creux les uns que les autres. Pour autant, cela a permis d’assainir la situation et rendre le secteur plus sain aujourd’hui.

Dans ce cadre, le rôle de l’Advisor est d’accompagner la startup qui veut réaliser une ICO pour la conseiller aussi bien sur les enjeux techniques, juridiques et fiscaux de l’opération autant que pour la challenger sur la pertinence de son projet sur les aspects fonctionnels et sur l’utilité du token qu’elle va générer. Le token étant la contrepartie que touche un investisseur en échange des crypto-monnaies qu’il donne durant l’ICO (Bitcoin ou Ether par exemple). Un autre enjeu consiste à former une communauté de futurs utilisateurs du projet de la startup, là-aussi l’Advisor a son rôle à jouer. Enfin, il est important de savoir bien marqueter et communiquer autour de l’ICO pour que cela soit une réussite à la sortie, les Advisors ont une place à prendre pour soutenir les actions de communication et les relayer. L’Advisor est là pour apporter du crédit au projet afin de rassurer les investisseurs quant au sérieux de l’opération réalisée.

Tu es très actif au sein de l’écosystème, notamment au travers de l’initiative #PortraitDeStartuper. Quelle est la genèse de ce projet ?

Entre 2013 et 2015, je suis retourné sur les bancs de l’école pour réaliser un Master en Management des Entreprises à Paris Dauphine, cela m’a énormément apporté et cela m’a permis de me poser les questions fondamentales de ce que je voulais faire de ma vie professionnelle, même si je n’ai pas forcément trouvé toutes les réponses à cette période. En tout cas, cela m’a donné un intérêt particulier pour l’entreprenariat et pour l’écosystème startup qui m’intriguait énormément à l’époque et qui me semblait hors de portée pour un professionnel comme moi. Et puis je me suis dit que le meilleur moyen de démystifier le sujet était encore de demander à ceux qui l’avait fait réellement, c’est comme cela qu’est né #PortraitDeStartuper.

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Livre Blanc 100 Portrait de Startup Saison 2 ici

Je me suis servi de mon blog pour proposer à une vingtaine de startupers de répondre à mes questions en pensant que je n’aurais sûrement que 4 ou 5 réponses mais en fait dès le départ une quinzaine de startupers ont accepté de participer, l’intérêt par ailleurs a été tout de suite important sur les réseaux sociaux, alors j’ai continué. Cela a ainsi donné 80 portraits en 2015 et un livre blanc, puis 100 portraits en 2016, puis un livre en librairie en 2017 ainsi que de nouveau une centaine de portraits et là ce mois-ci la publication de mon deuxième livre blanc. C’est une aventure extraordinaire à mon échelle qui m’a fait rencontrer des startupers, des investisseurs et des accompagnants dans un environnement riche, passionnant et extrêmement bienveillant.

Réseaux sociaux, blockchain, growth hacking, tu cultives constamment de nouvelles expertises. Comment fais-tu pour te former et rester à la pointe ?

Je suis constamment en veille, à l’écoute des signaux faibles grâce aux réseaux sociaux et attentif à toutes les nouveautés de l’univers numérique toujours sur les trois axes qui me passionnent : technologie, méthodologie et organisation. J’ai aussi cultivé depuis de nombreuses années une compétence clé, celle d’apprendre à apprendre et Dauphine m’a forcé aussi à la développer un peu plus. Je suis clairement boulimique d’informations et de formations (MOOC, vidéos Youtube, articles et livres…) je fais partie d’une catégorie de gens qui ne sont jamais rassasiés !

Quelles sont selon toi les compétences du monde de demain ?

La compétence clé, et comme je le disais juste avant, c’est celle que je cultive : apprendre à apprendre. Dans une époque où il n’y a rien de plus obsolescent que la formation initiale et les compétences acquises en début de carrière, apprendre à apprendre est une nécessité pour ne pas se retrouver sur le bord de la route et voir le train de l’innovation et des nouveautés passer sans avoir la capacité à monter à bord et à en profiter. D’ailleurs, les écoles aujourd’hui forment beaucoup plus les jeunes générations à cela qu’à maitriser une compétence X ou Y en sortant de l’école. Continuer de se former tout au long de sa vie est aussi important que manger et boire, cela permet de ne pas se laisser dépasser, et cela permet aussi de progresser, tout du moins pour ceux qui le souhaitent.

Et pour finir, ta devise ?

« Qui ne tente rien n’a rien ! »

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